Changeons les bibliothèques – Bibliotheken bewegen Compte-rendu du congrès BIS 2010 tenu au Rolex Learning
06.09.10
Du 1er au 4 septembre 2010 s’est tenu le congrès de l’association Bibliothèque Information Suisse (BIS) dont le cœur était le bâtiment à la renommée déjà immense: le Rolex Learning Center (RLC) de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL). En effet, quel lieu aurait été plus symbolique du changement en cours dans le domaine de l’information documentaire que l’ouvrage fascinant conçu par les architectes japonais Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa ? Retour sur ces quelques jours passionnants.
Une édition attendue
La soirée d’ouverture tenue à l’association
Bibliomedia Lausanne, le 1
er septembre, annonce un congrès attendu
avec impatience. La présence du syndic de la ville de Lausanne, Daniel Brélaz,
pour un mot de bienvenue, et celle de Christiane Langenberger, présidente de
Commission de la Bibliothèque nationale, pour une intervention autour d’une
stratégie commune pour nos bibliothèques, reflètent cette importance, tout
comme le nombre d’inscrits: pas moins de 550, un record
d’affluence! Pour être à la hauteur des attentes, l’organisation de
l’événement a été confiée à un professionnel, M. Hans-Ulrich Locher.
Dès l’ouverture officielle du congrès, le 2
septembre, Yolande Estermann, présidente de BIS, nous convainc dans son mot de
bienvenue de l’importance et du privilège pour chaque participant de prendre
part à ces quelques jours d’échanges, avec des intervenants illustrant les
projets actuels les plus ambitieux dans un cadre donnant une véritable pulsion
à notre domaine professionnel. Ce dernier est depuis quelques temps en profonde
mutation. L’appellation bibliothécaire cède de plus en plus le pas à celles de
médiathécaire, cyberthécaire et autre gestionnaire de l’information. Notre
domaine s’élargit, notre savoir-faire est continuellement remis en cause par
les technologies de l’Internet, en conséquence de quoi notre champs de
compétence se doit d’être redéfini. Montrer notre plus-value dans la société de
l’information caractérisée par l’infobésité est devenu impératif.
Un programme de qualité
Les conférences des professionnels suisses et
étrangers, données aussi bien en français, allemand ou anglais, les 2 et 3
septembre, rencontrent un véritable succès. Les thématiques sont diverses mais
toutes inscrites dans celle du changement. Nous apprenons ainsi des expériences
et défis concernant les livres électroniques et tablettes de lecture en
bibliothèques grâce à l’intervention de M. Thomas Guignard de l’EPFL et de M.
Alexandre Lopes de la Bibliothèque Cantonale et Universitaire (BCU) de
Lausanne. Les personnes encore non-familiarisées avec ces technologies peuvent
manier les tablettes Kindle et IPad. On nous apprend que des tests menés à la
BCU ont révélé que plus de 90 % des personnes interrogées seraient prêtes à
utiliser l’IPad en bibliothèque. Outre les difficultés actuelles qu’ils posent
aux bibliothèques, telles les services éditeurs encore insuffisamment orientés
usagers, le téléchargement encore fréquent par chapitres séparés, le prêt
appelant un modèle économique viable ou la nécessité de définir des formats ouverts,
les e-books et leurs e-readers semblent devoir faire partie intégrante de
l’offre de la bibliothèque d’aujourd’hui et de sa politique documentaire.
L’exposé sur la génération Y, ou digital natives, par
Mme Ariane Rezzonico, chargée d’enseignement à la Haute Ecole de Gestion (HEG)
de Genève suscite l’intérêt face à des usagers aux comportements
informationnels nouveaux. Caractérisée par l’individualisme, l’interconnexion,
l’impatience et l’inventivité, cette génération a certes de la facilité avec
Google mais n’évalue pas mieux l’information pour autant. Des exemples de
bibliothèques ayant développé des applications répondant à leurs exigences en
se dotant des technologies du web 2.0 appellent à notre créativité et à imposer
notre présence numérique.
L’intervention de M. Yves Alimi de Solid SA et de M.
Pierre Matignon de Tagsys, aborde la technologie RFID (identification par
radiofréquence), prenant le pas sur la technologie du code à barres, et déjà
implantée dans nombre de bibliothèques, comme le réseau des bibliothèques
municipales de la ville de Genève. Malgré le peu de recul que nous bénéficions
de cette technologie, les bibliothèques équipées peuvent dégager davantage de
temps pour les professionnels (bornes de prêt automatique par ex.) et faciliter
leurs tâches quotidiennes (inventaire, gestion des collections ou statistiques
de fréquentation facilités).
Mmes Marie-Aude Python, Joëlle Munster et M. Florent
Dufaux nous font part de la stratégie du changement aux bibliothèques municipales
de la ville de Genève. Leur travail au sein de la cellule Etude et Projets
montre concrètement comment ce réseau important de plus de 160 collaborateurs
gère le changement à travers des projets transversaux incitant chaque
collaborateur à être pleinement acteur. Alors qu’auparavant chaque bibliothèque
pensait pour elle-même, une logique réseau s’est peu à peu créée, montrant des
résultats tout à fait concluants.
Du projet Né pour lire, à la bibliothèque virtuelle
(Divbib / Harmathèque), en passant par la présentation des architectes Anna
Torriani et Lorenzo Pagnamenta de l’Atelier P-T de New-York et de leur projet
de bibliothèque comme véritable community center, ou de la technologie de
bibliothèque numérique proposée par Media Info et présentée par M. Ivo
Iossinger de la société 4DigitalBooks, bien d’autres présentations rencontrent
le même succès.
On apprécie, entre deux interventions, les stands et
les conseils des différents exposants tels que Cambridge University Press,
IndexPresse ou EBSCO.
Véritable point d’orgue du congrès, M. Eppo van
Nispen tot Sevenar, de Delft, a, en pur showman, emporté avec lui le Forum
Rolex tout entier, avec sa présentation intitulée «The librarian must be
a better friend than Google». Son discours est fluide, cash, et sa
capacité à nous mettre face à notre image avec une irrésistible touche d’humour
est sidérante. Il est clair que l’on en sort interpellé, bousculé voire
offusqué. Le repas de midi qui s’en suit aura son sujet de discussion tout
trouvé: l’objectif est en partie atteint.
A propos du Rolex Learning Center
Outre le programme chargé en interventions, il est intéressant
d’avoir le temps nécessaire de visiter et de déambuler dans cet espace ahurissant
de modernité qu’est le RLC. Les étudiants y sont nombreux et semblent avoir
totalement adopté l’architecture et les composants. Le bâtiment est à ce point
multi-usages qu’on pourrait facilement y passer une journée entière sans
ressentir le besoin de s’en évader. Pour mieux faire découvrir le RLC, une
partie du personnel de la bibliothèque se fait d’ailleurs pour l’occasion guide
et les congressistes sont nombreux à se constituer en petits groupes et à
suivre attentivement les commentaires tout en ne cessant de contempler les
espaces. La part d’espaces vides, sans utilité apparente, surprend d’ailleurs
le visiteur. Tout semble décloisonné, ouvert, facile d’accès, même si des
espaces plus intimistes sont présents, comme des bulles en verre où les
étudiants peuvent s’isoler pour certains travaux. Le lecteur peut même
descendre lui-même au sous-sol afin de chercher un document dans les compactus
entièrement électriques. Le relief est lui aussi inédit, constitué d’une
alternance de plats et de collines dans lesquelles on aime à se perdre. Une
librairie, un éditeur (les Presses polytechniques et universitaires romandes),
de même qu’un espace de conseil financier du Crédit Suisse sont à portée de
l’étudiant.
Comme se plaît à nous le faire découvrir le directeur
de la nouvelle bibliothèque, David Aymonin, d’autres architectes non-retenus
par le jury de l’EPFL ont eu leur propre vision de ce lieu. Ainsi, parmi les 12
projets retenus, on trouvait: un bâtiment pyramidal renversé, un autre en
forme de X, symbole de la technologie, ou d’autres en forme de parallélépipède
ou d’œil géant capable de tourner sur lui-même au cours de la journée en
suivant la course du soleil…
Pour le directeur, le bâtiment, avec ses 860 places
de travail, pourrait remplir 3 fonctions: biotope pour étudiants (larges
espaces, horaires élargis, restauration sur place, confort), plateforme-portail
(offrir à tous l’accès gratuit à l’information) et école de l’information. Avec
ce nouveau centre de connaissances, emblème de la polyactivité, qui réunit 10
bibliothèques de l’EPFL, et vise à créer une synergie entre les disciplines
scientifiques, David Aymonin ne souhaite pas moins que concurrencer les géants
commerciaux tels que Google. Faire mieux, même. Car, plutôt que de rester seul
chez lui, l’étudiant peut ici rencontrer d’autres étudiants ou des spécialistes
de diverses disciplines présents pour le conseiller et l’orienter dans ses
recherches.
Ne se reposant pas sur ses lauriers, le directeur de
la bibliothèque s’empresse de citer des projets à venir tels que l’OPAC 2.0, la
gestion dynamique des collections, les horaires d’ouverture coordonnés avec
ceux de la BCU, le prêt d’ordinateurs portables, le développement du lieu pour
la formation des professionnels, etc.
Conclusion
Ayant rencontré un succès indéniable en raison du
lieu et d’un programme d’une qualité exceptionnelle, le congrès BIS 2010 fera
date. Grâce au travail impeccable du comité d’organisation, les échanges entre
professionnels ont été facilités, aussi bien lors des présentations et
conférences qu’autour des rendez-vous plus informels comme les pauses café, les
repas de midi ou les diverses sorties. L’événement aura également insufflé une
énergie nouvelle et donné l’envie d’aborder le changement de front, avec
confiance, et de saisir les opportunités qui s’offrent à nos professions de
l’information documentaire et qui n’ont pas fini de les bouleverser.
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