Vers une politique nationale des bibliothèques: la Charte des bibliothèques suisses
12.09.10
Les bibliothèques sont des outils indispensables de la société de l’information. Pour qu’elles puissent remplir leurs tâches publiques au mieux, elles ont besoin de bases juridiques solides, d’une définition claire de leur mission et de moyens financiers suffisants.
La Charte
Tel est le message
central de la charte élaborée par la Commission de la Bibliothèque nationale
suisse (BN) en 2009, au cours de deux ateliers représentatifs, et présentée en
mai 2010. Cette charte représente une première étape vers une perception
commune de l'ensemble des bibliothèques du pays, quel que soit leur type. Les
deux ateliers ont manifesté une nette volonté d’agir ensemble. Il y régnait un
optimisme qui mettait l’accent sur les traits communs et reléguait les
différences à l’arrière-plan.
La Charte a été
présentée jusqu’ici à l’assemblée fondatrice de la Conférence suisse des
bibliothèques cantonales, lors d'une séance ordinaire de la Conférence des
bibliothèques universitaires, et dans le cadre du Congrès BIS.
Parallèlement, des
entretiens approfondis ont été menés avec les organes compétents de la
Confédération (Office fédéral de la culture, Secrétariat d’Etat à l’éducation
et à la recherche, Office fédéral de la formation professionnelle et de la
technologie) et des cantons (Conférence suisse des directeurs cantonaux de
l’instruction publique) concernant le rôle des bibliothèques de Suisse, leurs
manques et les défis qu’elles affrontent, le but avoué étant de donner le coup
d’envoi d’une politique nationale des bibliothèques.
Avons-nous vraiment
besoin d’une politique nationale des bibliothèques?
Telle était la question
posée au début du premier atelier. Les personnes présentes ont répondu oui et
exprimé la conviction que les défis à venir ne pouvaient être maîtrisés
qu’ensemble et qu’à cet effet, il était indispensable d’avoir une stratégie
commune. Il importe en effet que les bibliothèques s’affirment face au développement
foudroyant des technologies et aux nouvelles habitudes des utilisateurs. Vu la
limitation des fonds publics, elles doivent donner davantage la preuve de leur
utilité sociale. Sinon, pourquoi les pouvoirs publics financeraient-ils des
institutions qui ne se coordonnent guère, qui font preuve de peu d’innovation,
qui hésitent à exploiter leurs synergies, dont les services sont peu sollicités
et dont l’utilité n’est pas évidente aux yeux des politiques? Ce n’est qu’en se
concevant comme réseau et en jouant la carte de la coordination que les
bibliothèques parviendront à harmoniser leur offre, à l’améliorer et à répondre
aux nouveaux besoins des utilisateurs. Mettre en lumière le rôle social du
réseau de l'ensemble des bibliothèques suisses, c’est le légitimer, et c’est
ainsi qu’on assurera son financement par les collectivités publiques.
Il nous faut une
politique nationale des bibliothèques pour
· découvrir
de nouvelles synergies et faire le meilleur usage de ressources limitées;
· développer,
harmoniser et améliorer la qualité de l’offre des bibliothèques dans tout le
pays;
· améliorer
pour les utilisateurs l’accès électronique – très inégal pour le moment – aux
ressources de tous les types de bibliothèques;
· rendre
plus efficace et moins coûteuse la conservation à long terme des collections imprimées
et numériques;
· défendre
efficacement une conception du droit d’auteur qui soit favorable à la science
et à l’éducation;
·
renforcer la perception de l’importance et de l'utilité
des bibliothèques dans le grand public et dans les milieux politiques.
Rôle de la Commission
Nommée par le
Conseil fédéral, la Commission consultative de la BN a pour mandat légal de
suivre les développements en matière de bibliothéconomie et d’encourager la
collaboration entre bibliothèques. Elle se conçoit comme une commission
représentative de toutes les bibliothèques suisses et entend faire ressortir
aux yeux des milieux politiques l’importance et l’utilité des bibliothèques
dans la société actuelle et future de l’information.
A part
l’auteure de ces lignes, la Commission se compose de: Verena Bider, directrice des fonds scientifiques, Bibliothèque
centrale, Soleure; Cornel Dora,
bibliothécaire cantonal, St-Gall; Ulrich Niederer, directeur de la Bibliothèque centrale et universitaire, Lucerne; Gerardo
Rigozzi, directeur de la Bibliothèque cantonale,
Lugano; Gabi Schneider, directrice de projet,
Institut suisse des sciences de l’information (HTW), Coire; Hubert Villard, consultant indépendant, ancien directeur de la Bibliothèque cantonale
et universitaire de Lausanne; Gabrielle von Roten, responsable de la
coordination locale RERO-Genève, Direction de l'information scientifique de l’Université
de Genève; Peter Wille, directeur de Bibliomedia Schweiz, Soleure.
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